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Un orage survenu lors d’une après-midi estivale les
réunit sous le même mimosa, l’unique arbre dans son
genre et dans sa beauté.
Elle traversait le parc de la ville sans vraiment savoir
pourquoi, une journée insignifiante et oisive comme tant
d’autres…Une chaleur infernale…Beaucoup de peine et peu
de choses à faire…
Il était là, assis sous le grand mimosa comme toutes les
après-midi depuis plusieurs années. Il venait chercher
quelques images, retrouver certains souvenirs,
rassembler des échos brisés…l’odeur parfumée du mimosa,
son seul confident, l’enivrait et lui donnait l’envie de
s’évader, de rêvasser…
Prise à l’improviste par l’orage, elle retroussa
légèrement sa robe pour pouvoir presser le pas et
s’abriter sous l’arbre le plus proche. Elle avait
l’allure maladroite d’un petit Kangourou effrayé, avec
des yeux craintifs et constamment mobiles…Elle s’affala
sur le banc, la robe déjà trempée de pluie. Légèrement
étourdie, elle laissa échapper un soupir mêlé à son
haleine fiévreuse. Elle sentit frémir son corps
inévitablement serré contre le sien. Leurs corps étaient
tendus comme les cordes d’un violon fraîchement accordé.
Un frisson le parcourut comme un éclair, une vibration
électrifia tout son corps.
Etait-ce de la fièvre ou serait-ce cette présence si
fragile, si étrange?! Il se laissa aller à cette
sensation confuse, fermant? Longtemps pour savourer
l’image douce dérobée au temps. Quelques souvenirs
sautillaient, de petites étincelles étoilées…Le gris
argenté de sa couronne donnait un air un peu bizarre à
son visage enfantin et à ses yeux rêveurs.
Un reste d’élégance se dégageait de ses vêtements
quoique délabrés. Un certain charme émanait de son être.
Leurs corps se cherchèrent, se retrouvèrent, tremblants,
vibrants comme s’ils avaient toujours été ensemble…Les
battements fiévreux de leurs coeurs se pressèrent au
rythme ardent de leurs corps. Leurs mains se croisèrent,
se rejoignirent dans une communion quasi-totale.
Elle faillit s’évanouir. Sa respiration se précipitait
lui brûlant la gorge. Elle enfonça ses ongles dans sa
paume charnue dans une prière muette…Elle gémissait
jusqu’à la déchirure. Il l’attira vers lui, sans même la
regarder…
Un moment incompréhensible où le temps et l’espace
n’étaient plus maîtres.
Il releva délicieusement la tête et se pencha en
arrière…Le mimosa lui semblait plus grand, plus beau,
plus tendre…Quelques gouttes de pluie lui tombèrent sur
les lèvres. Il les accueillit et savoura le goût un peu
amer du mimosa dans une béatitude complète…Il contempla
le mimosa avec tendresse…Ce mimosa, son seul, son unique
confident, son refuge, sa fraîcheur, son compagnon
pendant de longues années solitaires…
Il tendit une main tremblante et cueillit quelques
fleurs dorées et prit la liberté d’en faire une jolie
couronne dans ses cheveux sauvages. Elle le laissa
faire, les yeux voilés de larmes, regardant sa tête
grisâtre disparaître comme dans un brouillard, comme
dans une brume.
Ils restèrent blottis l’un contre l’autre pendant une
éternité ou un brin d’instant. Ils ne savaient pas
exactement.
Elle le suivit chez lui sans se poser de questions,
attirée par son charme discret, par son silence chargé
de mille et une histoires…
Une bouteille de vin, un souvenir de sa vie de marin…Un
bout de bougie, parfum de
lavande…Une flûte indienne ranimant le vieux disque…Une
nuit tumultueuse et désordonnée…Quelques étoiles
ornaient la fraîcheur de la nuit…Elle les contemplait à
travers les volets grand ouverts…Elle crut les pouvoir
cueillir, les enfiler en collier de perles…
Il lui caressa les cheveux et lui demanda son prénom,
d’une voix lointaine.
«Rawia», lui murmura-t-elle, troublée et hésitante.
«Elle s’appelait Rawia. Elle était plus belle qu’une
étoile matinale. Je ne l’ai jamais revue depuis dix
ans…Appelle-moi Socrate comme font mes amis», lui
dit-il, les yeux aussi lointains que les étoiles…
Il se réveilla dans un sursaut et la chercha sous les
draps. Seule restait une mèche de cheveux tressés autour
de la couronne des fleurs de mimosa.
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