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«
Si
Kamel »
est, à certains égards, un enseignant modèle. Il fait
consciencieusement tout ce qui lui est demandé : il suit
rigoureusement les instructions officielles , applique les
programmes avec fidélité et sans retard , et respecte les
horaires, les échéances du contrôle continu et les consignes de
ses supérieurs hiérarchiques. Il est respecté par tous,
tant à l’école que dans le quartier.
« Si
Kamel » ne comprend cependant pas pourquoi les élèves de
son collègue « Si Badii » réussissent mieux que les
siens aux concours et aux olympiades , ni pourquoi ils donnent
l’impression d’être plus actifs, plus créatifs, plus épanouis
dans la classe et même à l’extérieur.
Pourtant « Si Badii » , qui jouit également de
l’estime générale, a plutôt une réputation
d’original, un peu franc-tireur. Certes, il ne déroge pas aux
programmes et aux directives officielles; mais il se refuse de
jouer le rôle d’une simple courroie de transmission. Il
s’informe, se documente, et retravaille systématiquement ses
anciennes fiches de classe ; il invente des situations inédites,
parfois drôles ; il crée des exercices dont il module les
difficultés en fonction des étapes de l’apprentissage et
des rythmes différents de ses élèves ; il varie les
démarches et les techniques de découverte et de résolution des
problèmes de manière tout à la fois à maintenir l’ intérêt
de ses élèves en constant éveil et à leur faire explorer
les divers chemins conduisant à la Connaissance ; et quitte
à perdre du temps, il donne à chacun la possibilité de
s’exprimer et d’ aller jusqu’au bout de sa pensée et de ses
moyens. Bref, il prend des initiatives, et ce faisant, il sort des
sentiers battus…Il innove …
L’innovation, à notre époque , est la clé de voûte de toute
entreprise réussie. Qu’aurait été le monde aujourd’hui si
l’on n’avait pas innové , dans le fond et dans la forme, dans
tous les domaines de l’activité humaine ? Dans le monde de
l’éducation, peut-être plus qu’ailleurs, les défis considérables
qu’impose la nécessaire adaptation de l’Ecole aux réalités
nouvelles - que l’évolution extrêmement rapide des
connaissances et des savoir faire humains, ainsi que la
transformation des modes de penser et d’agir, modifient chaque
jour - nous mettent en demeure de repenser nos choix, nos méthodes
et la substance même de notre enseignement. L’heure est à la
recherche continue de stratégies adéquates de sélection, de
structuration et de transmission des savoirs que l’école est
censée dispenser, et cela dans le cadre d’une quête permanente
et généralisée de la performance et de la qualité. Une
quête a tous les niveaux, à laquelle toutes les institutions et
tous les acteurs du système sont appelés à participer, chacun
dans son champ d’activité et de compétence.
Cependant, s’il est acquis que toute amélioration significative
est le produit de quelque innovation , il n’est guère évident
que toute innovation dans le domaine éducatif génère ipso facto
le changement positif souhaité. Il ne saurait donc être question
d’innover pour innover, ou d’innover à tout prix, envers et
contre tous. Abondant dans ce sens, Françoise Cros précise
opportunément, dans une communication inaugurale (p.
) que toute innovation n’en est pas forcément une, que
certaines innovations sont dangereuses, et que la référence à
un système de valeurs dans ce type d’entreprise est
incontournable.
Nejib Ayed (p. ) confirme ce
propos en se référant à une typologie ancienne établie par des
théologiens-penseurs arabes avant d’analyser les entraves
institutionnelles à l’innovation.
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* *
L’innovation
ne s’improvise pas ; outre la motivation, elle exige la maîtrise
de la ( ou des ) matière( s ) enseignée (s ) , et une bonne
connaissance – constamment actualisée - des méthodes et des
techniques pédagogiques. Sont
sollicitées ici et la formation et la recherche pédagogique, qui
la nourrit. Celle-ci et celle-là se déploient toutes deux
à deux niveaux: en amont , celui de la formation initiale des
enseignants et de la recherche fondamentale en éducation ;
et en aval , celui de la formation continue de proximité , et de
la recherche-action , qui colle au plus près aux pratiques de la
classe.
Sur ces différents champs d’action et leurs contributions
respectives aux pratiques innovantes, les articles de Ahmed
Chabchoub (p. ), de Amor Bannour (p.
), et de Mustapha Ennaifer (p. ),
apportent des éclairages intéressants, faisant le point sur ce
qui est, et esquissant les grandes lignes de ce qui sera demain,
notamment dans la perspective d’une plus grande convergence des
efforts et d’une articulation meilleure des activités des différentes
institutions de recherche et d’enseignement, de sorte que les
actions des uns et des autres se soutiennent et se renforcent
mutuellement et que les fruits de cette synergie rejaillissent sur
la qualité du système éducatif.
Mais qu’en est-il des actions engagées ou envisagées par le
Ministère pour promouvoir cette qualité au niveau des contenus
et des méthodes d’enseignement ? Omrane Boukhari (p.
) fait le point sur ce qui a été entrepris dans ce domaine,
depuis la dernière Réforme, et cerne les grandes tendances qui
se dessinent, ici et ailleurs, pour les réformes à venir. Fethi
Ouedherfi (p. ) poursuit en faisant état
des efforts mais aussi des difficultés pour mettre en place un
système de contrôle continu rénové qui intègre, d’une manière
cohérente, les acquis de la tradition et les apports de
l’innovation.
L’engagement de l’Institution en faveur de l’innovation est une
condition nécessaire mais non suffisante toutefois pour la
promotion, sur le terrain, d’une culture de la qualité.
Celle-ci, il n’est pas besoin de souligner le rôle critique des
établissements scolaires dans la quête qui y mène. Car tout
autant que « Si Kamel » et « Si Badii »,
cités ci-haut en exemple, les écoles, à tous les degrés de
l’enseignement, ne se distinguent les unes des autres que par la
qualité et le degré d’engagement des équipes pédagogiques
qui les animent – à commencer par le directeur – dans l’amélioration
de l’existant, dans la recherche constante du meilleur. On ne
peut expliquer autrement la disparité des performances entre des
écoles que rien ne distingue a priori, si l’on se réfère
exclusivement aux facteurs exogènes, d’ordre culturel et socio-économique.
C’est dire que sans la conjonction de la volonté de réforme
des instances centrales avec la quête de la qualité dans le
quotidien des classes, toute tentative de réforme serait vaine.
C’est fondamentalement à travers des pratiques pédagogiques
innovantes que l’on améliore l’éducation tout en (re)donnant
aux élèves le goût d’apprendre. Diverses contributions , émanant
d’éducateurs engagés résolument dans cette voie, rendent
compte des efforts qui se font, sur le terrain, pour bannir
l’uniformité et la routine des apprentissages, améliorer
les procédures d’évaluation, et asseoir de nouveaux
modes de gestion de la classe.
J. Ben Yazid (p. ) et T. Amri (p.
) font ainsi le bilan des innovations dans
l’enseignement des mathématiques , lesquelles, par une sorte de
retour aux sources, conduisent à appréhender cette discipline
comme un champ d’activité, voire de jeu, plutôt
que comme un champ de savoir inaccessible à une bonne majorité
d’élèves.
I. Ben Salah (p. ), M. Ben Daamer (p.
) , F. Ben Slimane et H. Hannachi
(p.
) présentent, de leur côté, des approches novatrices
susceptibles de développer ,d’une manière significative, les
compétences des élèves en expression écrite, en langue
maternelle et en français.
A.Baccouche (p. ), H. Ben Abdallah (p.
) et A. Ben Romdhane (p. ) enchaînent en
argumentant, chacun dans sa spécialité, sur la nécessité de rénover
l’enseignement des sciences exactes et des sciences humaines et
sociales afin de les doter d’une identité nouvelle dans
le concert des disciplines ainsi qu’aux aux yeux des élèves .
Jawida Ben Afia (p. ) clôt cette partie du dossier
par deux articles complémentaires où sont mis en lumière les
aspects innovants des nouvelles pratiques d’enseignement de la
langue anglaise, dans le cadre d’une approche visant le développement
rapide de la compétence de communication des élèves.
Abordant ensuite la question épineuse de l’évaluation, les
articles de F. Fakhfakh (p. ), R. Mcharek (p.
) et Y. Khablachi (p. ) rendent compte des expériences
engagées dans ce domaine, dans les deux cycles de
l’Enseignement de Base, en vue de ( re)donner à l’acte évaluatif
son rôle légitime d’auxiliaire de l’apprentissage. D’une
approche normative fondée sur la sommation des connaissances censées
avoir été acquises au terme d’un apprentissage formellement
achevé, l’on s’oriente progressivement en effet vers un système
axé sur des évaluations diagnostiques accompagnant les
apprentissages et guidant les régulations que l’enseignant est
appelé à opérer en termes aussi bien de remédiation auprès
des élèves, que d’adaptation de ses propres stratégies
d’enseignement.
Ce panorama des innovations engagées ou en cours d’expérimentation
aurait été incomplet si, par delà les pratiques
d’apprentissage et d’évaluation, on ne s’était pas attardé
sur ce qui donne vie à la classe et confère son cachet
particulier à un enseignement : il s’agit bien sûr de la
communication pédagogique et des modes de gestion de la classe .
Amel Boukhari (p. ) explicite le premier concept
et montre les enjeux d’une communication maîtrisée .
Fatma Merrichko (p. ) poursuit en présentant,
à partir des conclusions de recherches- actions menées au Kef,
quelques modalités dynamiques d’organisation et de gestion du
travail et des échanges dans la classe qui concrétisent cette
volonté d’asseoir une communication authentique entre les élèves
et l’enseignant, les élèves entre- eux, et les élèves et le
savoir.
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L
a relation au savoir, voilà le nœud du problème. Une médiation
mal assumée peut compromettre irrémédiablement l’avenir
scolaire des élèves. Dans ce domaine, le rôle de
l’enseignant est crucial certes, mais celui des auxiliaires
didactiques (manuels et autres supports de l’apprentissage )
l’est aussi. Le changement, ici, s’impose absolument,
d’autant qu’il s’agit plus, en fait, d’adaptation et de
mise à niveau que d’innovation.
Aujourd’hui, l’accessibilité des supports informatiques dans
les espaces intra et extra-scolaires, et à travers eux, la liberté
d’accès à l’information que fournit, en quantité infinie,
le réseau internet, créent les conditions nécessaires pour le développement
d’une relation plus directe, avec une médiation minimale, entre
l’élève et le savoir. Les articles de M. Bitri (p.
) et de T. Mansour (p. ) présentent, dans ce
sens, des exemples d’applications informatiques en sciences
physiques et en technologie qui montrent que l’on peut apprendre
autrement à l’école.
Ce bulletin se fera l’écho, dans les prochains numéros, de la
réflexion et des recherches en cours sur l’intégration des
nouvelles technologies de l’information et de la communication (
NTIC ) dans l’apprentissage ; il rendra compte également
des expériences menées dans ce cadre, dans les établissements
scolaires.
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N
otre conviction est que toutes ces innovations, conjuguées,
favoriseront d’une part, l’émergence de nouveaux modes
d’accès au savoir, plus adaptés à notre époque et aux
aspirations des nouvelles générations d’élèves, et d’autre
part le renouvellement des circuits de la communication dans la
classe, à l’école, et plus largement, à l’échelle du système
éducatif dans son ensemble.
Abdelmalek
Sellami
Inspecteur
Général de l’Education
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