Les jeunes et les TIC en pays de Méditerranée

Des ailes d'Icare et du cheval de Troie

Internet, les Tic, on en parle beaucoup, on ne parle même que de ça. Fenêtre ouverte sur le monde, chemin d'accès au savoir, refuge d'Icare loin de son réel frustrant : les atouts des TIC sont convaincants. Pour autant, peut-on à l'heure actuelle parler d'intégration dans toutes les classes d'âge, toutes les catégories sociales, et d'une familiarité avec tous les usages possibles ?

D'autre part, dans nos sociétés méditerranéennes, on a toujours privilégié le contact humain, l'oralité. Cette humanité, cette proximité, ne risquons-nous pas de la perdre, pour une robotisation des esprits, une solitude de chacun devant sa machine, à la maison comme à l'école ? En tout cas, les jeunes veulent, et pour longtemps, des professeurs de chair et d'os.

Il est une autre question, qu'ils se posent moins que leurs aînés, un véritable dilemme : nos pays peuvent-ils se replier sur eux-mêmes, et prendre le risque de manquer ce train si prometteur ? Et en même temps, peuvent-ils s'approprier les TIC en gardant leur culture, dans un échange qui ne soit pas à sens unique ? Bref, n'est ce pas à un cheval de Troie qu'ils sont en train d'ouvrir toutes grandes leurs portes ?

Bien avant qu'il soit en question des TIC, Claude Lévi-Strauss* observait la tendance de la civilisation occidentale à se répandre dans le monde, tandis que les autres cultures s'efforçaient de " préserver quelque chose de leur héritage traditionnel ". " Le phénomène est en cours ", écrivait-il encore. " S'achèvera-t-il par une occidentalisation intégrale de la planète… ? Des formes syncrétiques apparaîtront-elles, comme on en aperçoit la possibilité pour le monde islamique, l'Inde et la Chine ? ". Seul l'avenir le dira.

Les jeunes, qui sont justement l'avenir, sont plus soucieux de communication que d'idéologie. D'Alexandrie à Catane, et de Nabeul à Tripoli, ils savent que la route sera longue, mais ils sont pleins d'espoir.

Le comité de rédaction

* Claude Lévi Strauss, Le racisme devant la science